Matcha ou hojicha : quelle différence de bienfaits ?
Vous le croisez de plus en plus souvent sur les cartes des coffee shops et dans les feeds Instagram : le hojicha, ce thé japonais à la couleur brun roux et au goût grillé, réconfortant, qui rappelle le café ou le cacao. Il est souvent présenté comme une alternative douce au matcha, faible en caféine et tout aussi riche en bienfaits. Le premier point est vrai. Le second mérite d'être nuancé.
Qu'est-ce que le hojicha, exactement ?
Le hojicha est un thé vert japonais torréfié. Contrairement au matcha, qui provient du tencha, une jeune pousse de printemps ombragée avant récolte puis broyée en poudre fine, le hojicha part le plus souvent d'un bancha, un thé de récolte plus tardive, aux feuilles plus matures, parfois complété de tiges (kukicha). Ces feuilles suivent d'abord un traitement classique de thé vert, puis passent par une étape supplémentaire propre au hojicha : une torréfaction à haute température, qui leur donne leur couleur brun roux caractéristique et leurs arômes grillés, presque caramélisés.
Une fois moulu, le hojicha se prépare simplement à la cuillère dans de l'eau chaude, sans qu'il soit nécessaire de le fouetter comme un matcha. C'est aussi ce qui en fait une boisson perçue comme plus accessible au quotidien, même si la comparaison s'arrête là.
Caféine et théanine, l'écart réel avec le matcha
C'est le point le plus souvent mis en avant pour le hojicha, et il est fondé : sa teneur en caféine est nettement plus basse que celle du matcha, généralement entre 5 et 20mg par tasse selon les sources, contre 30 à 70mg pour un matcha usucha classique. Deux raisons cumulées expliquent cet écart. D'une part, la torréfaction à haute température réduit mécaniquement la caféine, les catéchines et la théanine présentes dans la feuille. D'autre part, le bancha utilisé pour le hojicha est par nature une feuille plus mature et plus tardive que le tencha du matcha, donc déjà moins concentrée en théanine avant même d'être torréfiée.
Le résultat cumule les deux effets : le hojicha n'est pas seulement moins caféiné, il est aussi structurellement moins riche en théanine que le matcha, l'acide aminé qui explique en grande partie l'état de vigilance calme propre au matcha.
Pourquoi ce n'est pas qu'une question de dosage
Ce n'est pas seulement une histoire de quantité, c'est un mécanisme différent. Ce qui rend le matcha intéressant sur le plan de l'énergie, c'est la combinaison d'une caféine réelle et d'une forte dose de théanine, qui ralentit son absorption et donne cette sensation d'énergie stable, sans pic ni chute. Avec beaucoup moins des deux, le hojicha ne reproduit pas ce mécanisme précis. C'est une boisson douce, apaisante, adaptée à un moment de pause plutôt qu'à un vrai besoin de concentration ou d'énergie.
Le goût raconte la même histoire à sa façon. Le matcha doit son umami caractéristique à cette même théanine concentrée dans la jeune feuille ombragée. Le hojicha, lui, tire son identité gustative de la torréfaction plutôt que de la feuille elle même, avec des notes grillées et caramélisées qui n'ont rien à voir avec l'umami du matcha. Deux boissons, deux logiques de fabrication, deux expériences en tasse.
Le hojicha a-t-il vraiment les mêmes bienfaits que le matcha ?
On croise parfois l'idée que le hojicha contiendrait les mêmes antioxydants que le matcha, simplement en quantité un peu moindre. C'est une simplification qui mérite d'être corrigée. Une étude publiée en 2024 dans Scientific Reports confirme que le thé vert torréfié contient significativement moins de catéchines, moins de théanine et moins de vitamines qu'un thé vert non torréfié, la torréfaction dégradant une partie de ces composés en même temps qu'elle réduit la caféine. Associé au fait que le hojicha part d'une feuille déjà moins concentrée en théanine à la base, l'écart avec le matcha sur ce plan est donc réel, pas anecdotique.
Le hojicha reste un thé vert et garde donc des catéchines, juste dans une proportion sensiblement réduite. Pour la même raison, une allégation qu'on croise parfois en ligne sur un effet notable sur le métabolisme ou la perte de poids reste à prendre avec prudence : les études sérieuses spécifiquement centrées sur le hojicha restent limitées, et rien ne permet d'affirmer un effet comparable à celui du matcha sur ce terrain.
Ce qu'on peut honnêtement lui reconnaître
Le hojicha n'a pas à rivaliser avec le matcha pour avoir sa place. Sa faible teneur en caféine en fait une bonne option l'après midi ou en soirée, pour qui reste sensible à la caféine sans vouloir se priver totalement de thé. Sa torréfaction réduit aussi ses tanins, ce qui le rend doux pour l'estomac et facile à boire au quotidien. Et son goût grillé, réconfortant, se prête très bien à un latte ou à une pâtisserie, sur un registre proche de celui du café ou du cacao plutôt que de l'umami du matcha.
Comme pour tout thé, une consommation pendant les repas peut légèrement gêner l'absorption du fer chez les personnes carencées, même si le risque est plus faible qu'avec un thé plus riche en tanins grâce à la torréfaction. Une consommation très excessive peut aussi occasionner des troubles digestifs, comme pour n'importe quelle boisson prise en trop grande quantité.
En résumé
Le hojicha a de vrais atouts : un goût grillé et réconfortant, une caféine nettement plus basse, et une boisson douce pour l'estomac. Mais entre sa torréfaction et une feuille de récolte plus tardive, il perd aussi une bonne partie des catéchines et de la théanine qui font la spécificité du matcha. Deux boissons différentes, avec des usages différents, plutôt qu'un simple substitut l'un de l'autre.
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