Ikigai : la vraie origine japonaise, au delà du schéma occidental
L'ikigai est partout, en librairie, sur les réseaux, dans les ateliers de développement personnel, presque toujours résumé au même schéma à quatre cercles. Dans notre article sur les traditions bien être japonaises, on vous promettait des articles plus complets sur chacune d'elles. Voici celui sur l'ikigai, pour comprendre d'où il vient vraiment, ce que ce fameux schéma raconte réellement, et comment s'en inspirer sans le déformer.
L'ikigai, une notion bien plus simple qu'on ne le croit
Le mot ikigai associe iki, la vie, et gai, une valeur ou un effet, ce qui donne littéralement une raison de vivre. Au Japon, dans l'usage courant, ce n'est pas un concept solennel qu'on va chercher au fond de soi lors d'une retraite de trois jours : c'est ce qui donne simplement une raison de se lever le matin, et ça peut être aussi modeste qu'un jardin à entretenir, des petits enfants à voir grandir, ou une tasse de thé préparée avec soin chaque matin. Rien à voir, à l'origine, avec une quête de sens professionnelle ou une stratégie de carrière.
D'où vient vraiment le concept
La première étude sérieuse de l'ikigai revient à Mieko Kamiya, psychiatre japonaise, dans son livre publié en 1966, intitulé Ikigai ni tsuite, ce qu'on pourrait traduire par de la raison de vivre. Elle y étudiait notamment ce concept chez des patients atteints de maladies graves, en s'intéressant à ce qui donne malgré tout un sens et une continuité à une vie. Le rapprochement entre ikigai et longévité, qu'on entend partout aujourd'hui, doit beaucoup au journaliste Dan Buettner, connu pour ses travaux sur les zones bleues, ces régions du monde où l'on vit particulièrement longtemps, dont Okinawa fait partie. C'est cette rencontre entre une notion psychologique japonaise et une enquête journalistique occidentale sur la longévité qui a rendu le mot célèbre bien au delà du Japon.
Le schéma à quatre cercles, une invention récente et occidentale
Voici la précision la plus utile de cet article : le fameux diagramme à quatre cercles (ce que vous aimez, ce en quoi vous êtes doué, ce dont le monde a besoin, ce pour quoi vous pouvez être payé) n'est pas une invention japonaise ancienne. Il serait dû à Marc Winn, qui se serait lui même inspiré d'un diagramme antérieur sur le sens de la vie publié par Andrés Zuzunaga en 2011, en remplaçant simplement le mot purpose par ikigai. Certains chercheurs le décrivent d'ailleurs comme un idéal séduisant mais assez éloigné de la réalité, notamment parce qu'il suppose qu'on doit être payé pour ce qui donne un sens à sa vie, une idée totalement étrangère à l'ikigai originel.
Ce schéma reste un outil de réflexion qui peut avoir son utilité, notamment pour réfléchir à une reconversion professionnelle. Mais le confondre avec l'ikigai japonais revient à réduire une notion de vie quotidienne à un exercice de carrière, ce qui en trahit complètement l'esprit d'origine.
Comment on utilise vraiment l'ikigai au quotidien
Plutôt que de remplir un schéma à quatre cases, l'esprit japonais de l'ikigai invite à porter attention à ce qui, très concrètement, donne déjà de l'énergie dans une journée ordinaire : un rituel du matin, un moment avec quelqu'un, une activité qu'on ferait même sans y être obligé. Il n'y a pas de méthode magique ni de bonne réponse à trouver une fois pour toutes. C'est plutôt une question qu'on se repose régulièrement, sans forcément attendre de réponse spectaculaire : qu'est ce qui, aujourd'hui, m'a donné envie de me lever ?
Le lien entre ikigai et bien être
Le lien entre ikigai et longévité, popularisé par les travaux sur Okinawa, reste avant tout une corrélation observée chez une population donnée, pas une preuve scientifique définitive qu'avoir un ikigai prolonge la vie. Ce qui est en revanche plus largement documenté, c'est le lien entre sentiment de sens ou de raison d'être et un meilleur bien être mental au quotidien, moins de stress ressenti et un sentiment de continuité plus fort face aux épreuves. Nous détaillons d'ailleurs d'autres effets du matcha sur le corps et l'esprit dans notre article sur ses bienfaits, où le même principe de rituel et d'attention au quotidien revient régulièrement.
Chez Noka, notre ikigai : passion et transmission
Si on devait appliquer cette idée à notre propre travail, notre ikigai tiendrait en deux mots, la passion et la transmission. La passion, c'est celle du matcha lui même, de son goût, de sa préparation, de tout ce qui se cache derrière une simple tasse. La transmission, c'est vouloir faire connaître une culture et un savoir faire japonais qui méritent d'être compris en profondeur plutôt que réduits à une mode, un peu à l'image de ce que nous essayons de faire avec chaque article de ce blog. C'est aussi ce qui nous relie à des traditions comme la cérémonie du thé et le chanoyu, elle même transmise de génération en génération depuis des siècles.
En résumé
L'ikigai japonais est une notion bien plus modeste et quotidienne que le schéma à quatre cercles qui circule en Occident, lui même une invention récente et occidentale plutôt qu'une tradition ancienne. Son vrai lien avec le bien être tient à l'attention qu'on porte à ce qui, chaque jour, donne une raison simple de se lever, pas à un exercice de carrière à remplir une bonne fois pour toutes. Chez Nōka, on préfère y voir un mélange de passion et de transmission, ce qui nous ressemble sans doute davantage.
Une question sur l'ikigai ou les autres traditions japonaises ? N'hésitez pas à nous contacter, nous répondrons avec plaisir.